Avant de passer les Andes à moto, posez-vous ces questions sur l’altitude

Avant de passer les Andes à moto, posez-vous ces questions sur l'altitude

Un alpiniste qui vise un sommet de 4 000 mètres dans les Alpes passe en général une nuit en refuge, souvent davantage, avant de s’y attaquer. Un motard qui quitte San Pedro de Atacama, dans le nord du Chili, pour rejoindre l’Argentine par le col de Jama passe en une petite heure de route d’environ 2 400 mètres à plus de 4 000, sans rien qui ressemble à une marche d’approche. C’est ce qui trompe. L’absence d’effort ne supprime pas le manque d’oxygène, et le corps comme la machine réagissent à l’altitude d’une façon que beaucoup de voyageurs n’ont jamais éprouvée.

Savez-vous comment votre corps réagit au-delà de 3 000 mètres ?

C’est la première question, et elle n’a pas de réponse théorique. Des sportifs très entraînés supportent mal l’altitude, quand d’autres, sans préparation particulière, n’en ressentent presque rien : la condition physique ne protège pas du mal aigu des montagnes. Les signes les plus souvent décrits sont des maux de tête, des nausées, une fatigue inhabituelle et un sommeil agité. À moto, une autre conséquence pèse autant : la vigilance et le jugement peuvent baisser sans que l’on s’en rende compte.

Si vous avez déjà séjourné en altitude, lors d’une course en montagne ou d’un voyage au Pérou ou en Bolivie, rappelez-vous comment cela s’est passé. Dans tous les cas, consultez votre médecin avant de réserver, idéalement dans un centre de médecine des voyages ou auprès d’un praticien qui connaît la montagne. Lui seul peut dire si un tel itinéraire vous convient et quelles précautions prendre.

Le circuit dort-il en altitude, ou se contente-t-il d’y passer ?

Les alpinistes connaissent la maxime « monter haut, dormir bas ». Sur un itinéraire routier, la question se pose dans les mêmes termes. Entre San Pedro de Atacama et Purmamarca, dans la province argentine de Jujuy, la route franchit la cordillère, culmine au-delà de 4 800 mètres côté chilien, puis traverse les Salinas Grandes, un immense désert de sel perché vers 3 400 mètres. Les deux villes-étapes se trouvent en revanche nettement plus bas, entre 2 000 et 2 500 mètres. La journée passée au plus haut est longue ; la nuit se déroule à une altitude bien plus modérée.

Avant de vous engager, demandez le profil de chaque journée : altitude maximale, altitude de l’hôtel, temps passé au-dessus de 4 000 mètres. Un organisateur doit pouvoir répondre avec précision, et un programme qui reste flou sur ce point mérite des questions supplémentaires.

Que devient une moto quand l’air se raréfie ?

Un moteur à combustion respire de l’air. Plus on monte, moins cet air est dense, et moins il entre d’oxygène dans les cylindres à chaque cycle. L’injection électronique des motos récentes ajuste la quantité d’essence en conséquence, ce qui évite les ratés des anciens carburateurs, mais elle ne rend pas l’oxygène manquant : la moto avance normalement, avec moins de vigueur à l’accélération. Sur la route du col de Jama, empruntée par de nombreux poids lourds entre l’Argentine et les ports chiliens, cela se traduit par des dépassements qui demandent plus de distance, ou qu’il vaut mieux remettre à plus tard.

L’air raréfié refroidit aussi un peu moins bien, qu’il s’agisse du moteur ou des freins. Quant aux pneus, ils subissent deux effets contraires : la baisse de la pression atmosphérique fait monter la valeur lue au manomètre, le froid la fait baisser. Rien d’alarmant, mais une bonne raison de contrôler la pression chaque matin plutôt que de se fier aux réglages faits au niveau de la mer.

Comment aborder près de deux mille mètres de descente ?

Ce qui monte finit par redescendre. Côté argentin, la Cuesta de Lipán plonge en lacets vers Purmamarca et ses collines colorées, avec près de deux mille mètres de dénivelé. Sur une telle descente, un freinage continu échauffe les disques et fatigue les mains. Rétrograder pour laisser le frein moteur retenir la moto, freiner franchement avant chaque virage puis relâcher, plutôt que de laisser traîner le frein, ménage le matériel comme le pilote.

Le froid ajoute sa part. La température baisse en moyenne d’environ 6,5 °C par tranche de 1 000 mètres : on peut quitter San Pedro sous un soleil franc et trouver quelques heures plus tard une quinzaine de degrés de moins, avec un vent qui accentue la sensation. Mains engourdies et pneus froids font mauvais ménage avec des épingles à cheveux bordées de gravillons. Ce n’est pas un endroit pour rattraper du retard, et le retour vers Santiago, par la frontière au pied de l’Aconcagua puis les lacets qui descendent de Portillo, répète l’exercice.

Qui s’occupe de vous si quelqu’un ne se sent pas bien là-haut ?

Sur l’Altiplano, les villages sont rares et les centres médicaux éloignés. Avant de réserver, demandez ce qui est prévu si un participant ne peut plus rouler : qui reste avec lui, comment sa moto est prise en charge, combien de temps il faut pour rejoindre une altitude plus basse. Pour un road trip en Argentine à moto comme celui que West Forever organise en Triumph Tiger au départ de Santiago, le dispositif repose sur deux guides, l’un français, l’autre argentin, et deux véhicules d’assistance ; le programme précise d’ailleurs qu’il s’adresse à des voyageurs à l’aise avec l’altitude. Ces questions valent pour n’importe quel organisateur : un dispositif sérieux se décrit en personnes, en véhicules et en délais, pas en promesses.

Un dernier conseil, très concret : avant votre rendez-vous médical, notez sur une feuille l’altitude maximale de chaque journée et celle de chaque nuit, et emportez-la. Votre médecin raisonnera bien mieux sur ces chiffres que sur la mention d’un « passage dans les Andes ».